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BIOFARM, une ferme familiale au coeur des Ardennes

À Cens, dans la commune de Tenneville, Patrick Feller et son épouse Vanessa cultivent une ferme de 80 hectares, partagée entre prairies et cultures céréalières. Ici, les bovins Angus côtoient les truies reproductrices et les porcs charcutiers, et la viande est valorisée directement dans la boucherie Biofarm. Une aventure qui conjugue agriculture biologique, transformation artisanale, respect de la nature et de la santé des consommateurs.

Je suis tombé dedans quand j’étais petit.

La ferme, transmise de génération en génération, est un héritage autant qu’un projet de vie. Reprise en 1996 par Patrick, elle a évolué d’un système laitier traditionnel vers une production orientée viande, avant de franchir le cap du bio en 2007.

Le bio coulait de source. Une année, j’ai vu l’effet dévastateur de quelques grammes de matière active sur la vie des insectes. Ça m’a fait réfléchir. Produire en respectant la nature, c’est possible.

Figure 1: Les porcs étaient élevés en plein air intégral, avant la construction du bâtiment (© Biofarm).

Elevage de porcs bio et valorisation des céréales produites sur la ferme

L’élevage porcin a débuté en 2005 avec des truies reproductrices élevées en plein air. Au départ, les mises bas se faisaient dans des cabanes installées en prairie. Ce système, peu exigeant en infrastructures et nécessitant un investissement limité, présentait plusieurs inconvénients. C’était agréable par beau temps, mais contraignant lors des rudes hivers ardennais : le froid et le gel rendaient les conditions difficiles, tant pour les éleveurs que pour les cochons. Les canalisations gelaient, obligeant à transporter l’eau manuellement. De plus, les déjections se concentraient sur les parcours, favorisant la prolifération de rumex et autres plantes nitrophiles, au lieu de profiter aux cultures céréalières de la ferme.

Figure 2: Les bleuets, comme les autres fleurs messicoles, sont bien présentes dans les cultures de céréales.

En 2019, le couple fait le choix de construire un bâtiment afin d’améliorer le confort des animaux, faciliter leur propre travail et valoriser les fumiers, une ressource précieuse en agriculture biologique.

Tout ce fumier retourne sur nos champs. On boucle la boucle : la céréale nourrit le cochon, la paille sert de litière, et le fumier fertilise la terre.

Aujourd’hui, l’atelier porcin compte 20 truies reproductrices et produit environ 300 porcs par an, issus d’un croisement entre Sattleschwein et Piétrain.

Culture des céréales pour les porcs

Patrick et Vanessa cherchent à atteindre la plus grande autonomie possible dans l’alimentation de leurs porcs. Une part importante des aliments est produite sur la ferme grâce aux 40 hectares de terres cultivées. Les céréales (triticale, froment, avoine, escourgeon, seigle) sont associées à des pois afin d’améliorer la teneur en protéines et ainsi limiter l’achat de correcteurs protéiques.

On produit la majorité des grains, mais on achète un complément protéique pour équilibrer la ration.

Pour gérer les adventices dans ses cultures bio, Patrick applique plusieurs stratégies :

  • Introduire des prairies temporaires dans la rotation, implantées pendant 3 ans tous les 5/6 ans.
  • Recourir au désherbage mécanique avec une herse étrille.
  • Alterner céréales de printemps et céréales d’hiver pour casser les cycles des mauvaises herbes.
  • Et enfin, accepter une certaine présence d’adventices, sans chercher à obtenir des champs totalement propres. Les récoltes étant autoconsommées, la présence d’impuretés est moins gênante.

Les terres cultivées sont ainsi parsemées de coquelicots, bleuets et chrysanthèmes des moissons. Ces plantes messicoles ne dérangent pas le couple d’agriculteurs.

Elles apportent beaucoup de couleur mais elles ne prennent que très peu de place. Ce sont des plantes à très petites feuilles. Donc moi elles ne me dérangent pas beaucoup. Elles font vivre les abeilles qui font vivre le reste. C'est aussi porteur des auxiliaires de culture et donc c'est plus intéressant que contraignant.

Figure 3: Charcuteries réalisée chez Biofarm, sans sel nitrités (© Biofarm).

Les céréales sont stockées, ventilées, triées et moulues directement à la ferme. Cette maîtrise des opérations permet de réaliser des économies importantes sur le coût de l’alimentation, surtout en agriculture biologique, où le prix des aliments est très élevé.

BIOFARM : une boucherie 100% artisanale, sans additifs

En 2009, les finances de la ferme ne sont pas bonnes. En constatant le prix auquel leur viande est vendue en supermarché, le couple se dit qu’il y avait une marge à capter. C’est ainsi que naît l’idée de transformer les porcs directement à la ferme. Patrick se forme alors au métier de boucher-charcutier et, en 2011, le projet se concrétise avec l’ouverture de la boucherie Biofarm.

On a vu à quel prix la viande de nos porcs était vendue en supermarché. Il y avait une marge à aller chercher.

À la boucherie, la philosophie reste la même qu’à la ferme : travailler dans le respect du vivant, de manière naturelle et autonome. Cela se traduit par l’utilisation d’ingrédients simples : de la viande issue de leur propre élevage, du sel et des épices bios. Rien de plus. Les additifs couramment utilisés en charcuterie sont absents chez Biofarm, par souci de santé pour les consommateurs.

Ici, on a décidé de travailler sans sels nitrités. Que ce soit au niveau de la ferme comme à la boucherie, il n’y a pas de produits chimiques qui entrent. On veut travailler de manière la plus simple et naturelle possible.

Au fil du temps, l’offre s’est étoffée : bœuf Angus élevé à la ferme, poulets bio issus de la coopérative Coq des Prés, fromages de producteurs locaux, pains, légumes, bières, pâtes, savons… Bref, une véritable épicerie bio diversifiée où l’on trouve de tout ! Allez faire un tour sur leur site internet.

Cette aventure a permis au couple de créer un lien direct avec les consommateurs, qui répondent présents, signe d’un soutien à ce mode de production sain et durable, qui ravi les épicuriens.

Grâce à la boucherie, on a un retour direct des clients. Ça confirme qu’on fait bien les choses.

Le futur de la ferme

À l’avenir, la ferme continuera, comme elle l’a toujours fait, à s’adapter aux contraintes et à saisir les opportunités qui se présenteront. Parmi les projets envisagés, Patrick et Vanessa souhaitent atteindre l’autonomie énergétique, un enjeu important compte tenu de la consommation électrique liée aux chambres froides et au moulin à céréales.

La piste de la micro-biométhanisation est en réflexion, afin de valoriser notamment les déchets issus de la boucherie.

Côté productions, un petit élevage d’oies pourraient bientôt s’ajouter, pour pâturer et assainir le verger hautes-tiges, tout en diversifiant l’offre proposée à la boucherie.

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