La Ferme du Muselbur
Fiche d'identité
Sampont
Belgique
55ha, dont 45 en prairie permanente
Une centaine de bovins de race Aubrac
Table des matières
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La Ferme du Muselbur se situe dans le sud de la province de Luxembourg, en région jurassique, à proximité d’Arlon. Elle s’étend sur environ 55 hectares, dont 5 hectares de céréales (épeautre, triticale, avoine et pois), 5 à 6 hectares de prairies temporaires, et le reste en prairies permanentes anciennes et récentes.
Le système d’exploitation est essentiellement basé sur l’herbe. L’objectif principal est la production de fourrages de haute qualité protéique, en particulier grâce à la présence de légumineuses. L’élevage compte près d’une centaine de vaches de race Aubrac, connues pour leur rusticité et leur capacité à valoriser les fourrages grossiers.
L’exploitation fonctionne en agriculture biologique et pratique la vente directe de colis de viande à la ferme. Ce choix s’inscrit dans une volonté d’autonomie et de cohérence entre les valeurs environnementales et économiques de l’exploitation.
Les sols de la ferme sont très hétérogènes : sablonneux par endroits, argileux ailleurs, parfois tourbeux dans les zones marécageuses. Cette diversité demande d’adapter les mélanges et les techniques selon les conditions locales, notamment l’humidité et la portance des terrains
Le problème identifié : prairie permanente à faible valeur fourragère et pauvre en légumineuses
Certaines prairies permanentes ont une flore dégradée où il y a une absence de légumineuses, celles-ci sont dominées par des espèces peu appétentes comme la fétuque élevée ou les renoncules rampantes.
Sur l’une de ces parcelles de 1,5 hectare, le fourrage était devenu peu appétant et de faible qualité nutritive. La fétuque élevée, notamment, demande des conditions de récolte précises (fauche précoce mi-mai), difficilement atteignables sur ces sols lourds et hydromorphes qui se ressuient lentement. Résultat : un fourrage grossier, récolté trop tard, et un rendement qualitatif décevant.
Face à ce constat, il fallait trouver une solution de restauration du couvert sans risquer de détériorer le sol. Le labour, habituellement pratiqué sur la ferme, apparaissait trop risqué ici à cause de la battance et du glaçage possibles après les pluies.
Nouvelle pratique testée : Une rénovation simplifiée sans labour pour préserver la structure du sol
En 2024, Sébastien a choisi de tester un renouvellement de prairie simplifié sans labour par un travail superficiel du sol, une méthode plus douce pour le sol et adaptée aux conditions hydromorphes locales.
L’itinéraire s’est déroulé comme suit :
- Chaulage à raison d’environ 1,5 tonne par hectare pour corriger l’acidité du sol.
- Fraisage léger du sol, afin de perturber le couvert existant sans le détruire totalement.
- Semis à la volée du mélange FAMOSA 45 (38 kg/ha), composé de graminées (fétuque élevée, fléole, dactyle) et de légumineuses (trèfle blanc, trèfle violet, lotier, luzerne) représentant environ 23 % de légumineuses.
- Roulage pour assurer un bon contact sol-graines.
L’intervention a été réalisée début septembre 2024, dans des conditions chaudes et sèches, ce qui a permis une levée rapide et homogène. Avant l’opération, une dernière coupe rase avait été effectuée pour réduire la concurrence végétale.
L’ancien couvert n’a pas été entièrement détruit : certaines espèces comme le pissenlit, le plantain ou les renoncules ont réapparu ensuite, contribuant à diversifier la flore. L’objectif n’était pas de tout remplacer, mais de rééquilibrer le couvert pour obtenir une meilleure valeur fourragère.
Deux parcelles ont été suivies :
- Parcelle 1 (1,3 hectare) : ancienne prairie permanente (20 ans), sol hydromorphe, acide où il y avait un fort risque de concurrence
- Parcelle 2 (0,8 hectare) : nouvelle prairie temporaire après 3 années de céréales, sol propre, sans couvert pérenne, conditions optimales d’implantation avec une belle diversité floristique .
Une parcelle témoin a été conservée avec l’itinéraire classique (labour + semis) pour comparer les rendements et la qualité du couvert.
Résultats observés : un couvert plus riche, plus appétent et une prairie nettement améliorée
Les résultats se sont révélés très positifs, même au-delà des attentes initiales :
- La levée du nouveau semis a été rapide et homogène sur les deux parcelles.
- Sur la prairie permanente, la croissance a été plus lente au printemps (sols froids et hydromorphes), mais le couvert s’est bien développé ensuite.
- Sur la prairie temporaire, la reprise a été plus franche et la productivité supérieure, avec jusqu’à quatre coupes en une saison.
La qualité du fourrage s’est nettement améliorée : présence accrue de légumineuses et meilleure appétence. La diversité floristique a aussi progressé, avec coexistence harmonieuse entre les nouvelles espèces semées et la flore résiduelle.
Cette méthode a permis de limiter les coûts, d’éviter le risque d’érosion ou de battance lié au labour, tout en obtenant un rendement et une qualité comparables à la méthode classique.
Elle a aussi montré l’intérêt de perturber légèrement le sol plutôt que de le retourner, favorisant la vie biologique et la stabilité structurale.
Perspectives et conclusions : vers une stratégie durable de rénovation des prairies sur la ferme
Fort de ces bons résultats, Sébastien envisage d’appliquer cette technique pour l’implantation des prairies temporaires qui s’inscrivent dans ses rotations. Le labour serait ainsi réservé aux seules implantations de cultures (céréales), et les prairies pourraient être régénérées sans retournement, limitant les perturbations du sol et préservant sa structure.
Les prochaines étapes consisteront à suivre l’évolution des prairies semées en 2024 sur plusieurs années : stabilité du couvert, maintien de la productivité, évolution floristique, et impact sur la fertilité.
Ça permettrait de démontrer qu’une technique simplifiée, économique et respectueuse des sols peut constituer une alternative durable au labour, tout en maintenant la qualité des fourrages nécessaires à un système herbager autonome et cohérent.