Ferme Sainte-Barbe: Joël Lambert
Fiche d'identité
Orp-Jauche
Belgique
grandes cultures et maraîchage
Table des matières
Content toc
La ferme Sainte-Barbe, située dans le Brabant wallon sur 28 hectares de terres limoneuses, allie grandes cultures et production de légumes en agriculture biologique. Ses productions sont valorisées localement (magasins bio et coopératives). En pleine transition, Joël Lambert a réduit ses surfaces en légumes et ajuste ses pratiques pour diversifier les cultures, améliorer la fertilité des sols et diminuer sa dépendance aux engrais organiques commerciaux.
Problématique: une fertilité à reconstruire sans bétail
Historiquement, la ferme élevait des porcs, des volailles et des bovins, valorisés principalement en vente directe. Toutefois, dans cette région de sols limoneux, l’élevage s’est progressivement raréfié. Les infrastructures nécessaires, notamment les boucheries et les abattoirs, sont devenues de plus en plus difficiles d’accès, rendant l’activité d’élevage toujours moins rentable. Joël a donc choisi de se recentrer sur les productions végétales, en particulier les céréales et les légumes.
L’arrêt de l’élevage a cependant entraîné la disparition de la principale source de fumier de la ferme, rendant la fertilisation dépendante d’intrants organiques extérieurs. Face au coût élevé de ces achats, Joël a introduit des légumineuses, en culture pure ou en association, afin de restaurer naturellement la fertilité des sols et de renforcer l’autonomie de l’exploitation.
Nouvelles pratiques testées
Dans cette recherche d’autonomie et de restauration de la fertilité sans recours au fumier d’élevage, Joël a expérimenté deux leviers complémentaires :
- L’intégration de la luzerne dans la rotation, valorisée comme engrais vert déplacé (EVD) et comme source de paillage ;
- L’association céréale–légumineuse, à travers la culture conjointe d’orge et de pois, afin de concilier fertilité du sol et production végétale.
La luzerne comme engrais vert déplacé pour une fertilisation autonome
Parmi les solutions testées, Joël a expérimenté la culture de la luzerne. Cette légumineuse joue un rôle stratégique: elle structure le sol, nettoie les parcelles et améliore la fertilité pour les cultures suivantes. De plus, quand elle est exportée, elle peut servir d’« engrais vert déplacé » pour fertiliser une autre parcelle.
L’objectif était de tester un itinéraire technique fiable pour :
- Fertiliser les céréales (luzerne compostée avec des engrais verts ou laissée sur place pour la culture suivante),
- Pailler les légumes.
L’essai a été mené sur deux saisons culturales.
En 2025, l’objectif principal était d’implanter correctement la luzernière. Les trois premières fauches ont été mélangées aux déchets verts et compostées, tandis que la dernière fauche a été laissée sur place.
En 2026, suite aux enseignements tirés de la saison précédente, l’itinéraire technique a été adapté.
Essai 2025: luzerne cultivée en pure, compostée et/ou laissée sur place
La luzerne a été implantée fin 2024 sur un précédent cultural de céréales, sur trois parcelles distinctes, pour une surface totale de 4 hectares. L’itinéraire technique suivi a été le suivant :
- Septembre 2024 : semis de luzerne en pure (30kg/ha)
- Mai 2025: première fauche ramassée par autochargeuse, mélangée aux déchets verts et compostée,
- Juin 2025: deuxième fauche ramassée par autochargeuse, mélangée aux déchets verts et compostée,
- Août 2025: troisième fauche : ramassée par autochargeuse, mélangée aux déchets verts et compostée,
- Octobre 2025: quatrième fauche laissée sur place.
Les conditions météorologiques optimales ont favorisé une bonne implantation de la luzerne. Cependant, la principale contrainte pour la ferme a été l’accès au matériel. En effet, le ramassage de la luzerne fauchée nécessite une auto-chargeuse pour couper les tiges, très dures, et obtenir une luzerne à brins courts, sans quoi sa décomposition dans les déchets verts est difficile. Or, l’accès à une auto-chargeuse est limité (peu d’entreprises proposent ce service) et coûteux. Par ailleurs, l’utilisation de la luzerne fraîche pour pailler les rangs de légumes nécessite également du matériel spécifique, dont la ferme ne dispose pas. En 2025, faute de matériel adapté, Joël a dû épandre la luzerne manuellement entre les rangs de légumes. Cette méthode, trop chronophage, l’a finalement contraint à ne pailler qu’une infime partie des légumes, bien en deçà de son ambition initiale.
Essai 2026: luzerne en mélange avec du trèfle et trèfle pur
Suite aux enseignements tirés de la saison 2025, Joël a adapté l’itinéraire technique initial :
- Deux des trois parcelles de luzerne ont été gyrobroyées pour implanter respectivement de l’orge brassicole et du froment d’hiver.
- La troisième parcelle de luzerne (70 ares) a été réensemencée avec du trèfle d’Alexandrie (15 kg/ha) pour obtenir un mélange luzerne/trèfles et adapter l’itinéraire technique en termes de ramassage et de valorisation des fauches.
- Une nouvelle parcelle de 2,5 hectares de trèfle d’Alexandrie en pur (30 kg/ha) a été semée pour comparer l’itinéraire technique entre un trèfle pur et un mélange luzerne-trèfle.
Le trèfle vise à pallier le manque de matériel spécifique nécessaire pour la luzerne. Ses tiges plus tendres permettent un ramassage par presse, un matériel plus facile à trouver auprès des entreprises agricoles. Cela offrirait un double avantage :
- Pailler les rangs de légumes via une pailleuse (disponible à la ferme),
- Stocker les balles de trèfle et de trèfle/luzerne pour disposer de matière à pailler dès le début de la saison maraîchère au printemps 2027.
Conclusion et perspectives pour l’essai luzerne: des ajustements techniques pour une fertilisation durable
Cet essai s’inscrit dans une démarche d’autonomie fertilisante pour l’ensemble de la ferme. Après deux années d’expérimentation, les itinéraires techniques ont été progressivement ajustés pour répondre aux spécificités et contraintes de la ferme, en particulier en matière de matériel disponible.
L’essai est toujours en cours et son aboutissement, prévu pour fin 2026, permettra de définir un itinéraire technique mieux adapté aux réalités de la ferme.
À terme, l’objectif est de maintenir 4 hectares de légumineuses sur les 28 hectares cultivés afin de mettre en place une rotation de six ans (deux années de légumineuses, deux années de céréales, une année de légumes, puis une année de mélange céréales-légumineuses). Cette organisation permettra également de produire environ 600 tonnes de compost à partir de déchets verts associés à des légumineuses telles que le trèfle et/ou la luzerne.
Cultiver des légumineuses en association avec des céréales: culture conjointe d’orge et de pois
Joël a par ailleurs testé l’association céréales-légumineuses, notamment orge-pois. Cette combinaison permet de maintenir une culture valorisable et de bénéficier de la fixation d’azote par le pois, réduisant ainsi les apports organiques.
L’objectif était de définir un itinéraire technique fiable, rentable et équilibré entre les deux cultures, tout en limitant les intrants. L’essai a été conduit sur deux saisons culturales.
En 2024, l’objectif était de cultiver de l’orge brassicole en association avec du pois alimentaire, afin de diversifier les revenus. L’itinéraire technique reposait sur un travail du sol superficiel, sans labour.
En 2025, suite aux premiers enseignements tirés de la saison précédente, l’itinéraire technique et la valorisation des cultures ont été adaptés.
- Un labour a été intégré pour prévenir l’enherbement,
- L’orge et le pois ont été valorisés et vendus en mélange pour l’alimentation des volailles, directement aux particuliers.
- La fertilisation organique a été diminuée de moitié.
Essai 2024: mise en place d’une culture associée orge-pois sans labour
En 2024, l’essai a été mené sur 4,4 hectares, après un précédent cultural de triticale. À la demande de l’acheteur, l’essai a été conduit sans labour. Pour la saison 2023/2024, l’essai repose donc sur l’itinéraire technique suivant :
- Septembre: semi d’engrais vert (avoine, phacélie, radis fourrager et trèfle d’Alexandrie) ;
- Fin janvier : destruction de l’engrais avec faucheuse de refus gyrobroyé ;
- Mars: déchaumage ;
- Avril ; Semis du mélange orge brassicole (variété RGT planète, 80kg/ha) et pois alimentaire (variété Mythique 180kg/ha), combiné et semé ensemble via un semoir classique à céréales ;
- Mai - juin : Deux passages de herse étrille ;
- Juin : fertilisation organique TIMAC 10-3-0 (NPK) à 600 kg/ha (-30 % de la dose appliquée en pure).
L’année 2024 a été marquée par des précipitations exceptionnellement abondantes, entraînant un ressuyage lent des parcelles et une forte pression des maladies sur les céréales. Ces conditions ont compliqué les interventions culturales, qui n’ont pas pu être réalisées au moment optimal. Par ailleurs, l’absence de labour n’a pas permis de maîtriser efficacement les adventices, conduisant à un enherbement rapide de la culture.
Le rendement final de l’orge s’est établi à environ 3,7 t/ha, soit un niveau nettement inférieur au potentiel habituel de la ferme, généralement compris entre 5 et 6 t/ha. L’orge brassicole a été valorisée à 250 €/t, tandis que le pois alimentaire a atteint un prix de 450 €/t.
Essai 2025: adaptation de l’itinéraire technique pour une meilleure gestion de l’enherbement
Pour la saison 2024/2025, l’essai a été réalisé sur une parcelle de 2,5 ha près un précédent cultural de triticale. L’essai repose donc sur l’itinéraire technique suivant :
- Septembre: semi d’engrais vert (majoritairement composé de phacélie)
- Novembre : labour de 15 cm
- Avril ; Semis du mélange orge brassicole (variété RGT planète, 30kg/ha) et pois (variété astronaute 200kg/ha), combiné et semé ensemble via un semoir classique à céréales ;
- Mai - juin : Deux passages de herse étrille
- Juin : fertilisation organique TIMAC 10-3-0 (NPK) à 300 kg/ha (-65 % de la dose appliquée en pure)
En 2025, les conditions météorologiques favorables ont permis une levée homogène des cultures, une pression sanitaire limitée et une bonne maîtrise de l’enherbement. Dans ce contexte, les rendements observés se sont révélés prometteurs, avec 6,5 t/ha pour l’orge, malgré une réduction de moitié de la fertilisation organique par rapport à l’année 2024. Les récoltes ont été valorisées à 500 €/t sous forme de mélange destiné à l’alimentation des volailles pour une clientèle de particuliers.
Conclusion et perspectives pour l’essai orge-pois : un itinéraire technique validé pour la saison 2026
L’association orge-pois s’inscrit pleinement dans la stratégie de la ferme visant à renforcer son autonomie et à limiter les achats d’intrants. À l’issue des essais comparant deux itinéraires techniques, Joël a choisi de poursuivre l’itinéraire avec labour, associé à une réduction de la fertilisation organique appliquée. Il a également décidé de valoriser le mélange en le commercialisant comme aliment pour volailles. Cette orientation a été retenue pour l’implantation du mélange orge-pois en 2026, avec un ajustement des densités de semis à 50 kg d’orge et 200 kg de pois afin d’assurer une meilleure couverture du sol par l’orge.